Designer graphique éco-responsable, Lucie Colin est à l’origine de l’univers visuel d’Estampe. Graphiste indépendante de 24 ans et lilloise d’adoption, elle spécialisée en design éco-responsable depuis presque deux ans. Elle travaille avec Estampe depuis la création de l’entreprise. Nous l’avons interviewée afin qu’elle nous explique son processus créatif, sa passion de créer et son engagement pour les causes environnementales et sociales.

1. Peux-tu présenter ton parcours de designer graphique et illustratrice ? 

 Lucie : « J’ai toujours aimé faire des choses de mes mains, bricoler, dessiner beaucoup. Alors me diriger vers un cursus en design a été pour moi une évidence dès le lycée. Après mon bac en arts appliqués, j’ai effectué un BTS Design Graphique Print. Le design graphique et l’illustration étaient pour moi les deux domaines où je ne sentais pas de limite créative. Là où je sentais beaucoup plus le poids des contraintes dans d’autres domaines du design. Mais j’ai toujours été très curieuse de tout et je pense que les zones de contact avec les autres domaines du design se ressentent dans mon travail.

Cette année de BTS a été déterminante dans la construction de ma pratique de designer. J’ai senti un réel décalage entre le design graphique qu’on m’enseignait et ses diverses applications, et mes valeurs et objectifs personnels. Je ne voulais pas séduire par l’image pour créer un désir de consommation (souvent injustifié). C’était tout ce que je rejetais. Mais est-ce que je rejetais donc mon propre futur métier ? C’est une question qui a tourné dans ma tête pendant des mois.

Par hasard, je crois, j’ai découvert un master (DSAA) en design éco-responsable, que j’ai intégré par la suite. J’ai découvert au cours de cette formation toute une pratique du design qui m’était à ce jour inconnue. Une méthodologie et une pratique globale, qui ne s’intéresse pas au design graphique et au marketing ou à la consommation. Mais, à tous les problèmes sociaux / économiques / écologiques qui pourraient être solutionnés par le design. Et un design qui a sa place au sein de tous les domaines. Je me suis notamment intéressée, dans le cadre de mon projet de diplôme, à la transmission et à la communication au sein du milieu agricole. Grâce à cette formation, j’ai développé un tout autre regard sur le design, et depuis je continue de le cultiver. »

2. Où puises-tu ton inspiration ? 

Lucie : « J’ai toujours été très curieuse, j’ai de l’intérêt envers beaucoup de domaines et je passe des heures à faire des veilles visuelles. Je consomme beaucoup d’images et je puise aussi beaucoup dans ce qui m’entoure, mes questionnements (très foisonnants), mes expériences personnelles. Je réfléchis non-stop et ça m’amène parfois à créer des connexions un peu magiques ! »

3. Quelle a été l’illustration que tu as préféré réaliser pour Estampe ? 

Lucie : « Je pense que Born equal est l’illustration que je préfère, pour plusieurs raisons. J’aime beaucoup le résultat final, je trouve qu’elle véhicule des émotions très profondes et qu’elle est très juste et très équilibrée. Aussi, elle m’a vraiment questionnée sur l’illustration du non-genré. C’est un questionnement très intéressant en illustration, surtout dans le registre illustratif d’Estampe qui est très épuré, monochrome. On extrait vraiment l’essence, les éléments essentiels à la compréhension. C’est pour moi une illustration avec beaucoup de sens et une très belle composition. »

Illustration Born Equal de la designer graphique
Illustration Born Equal

4. Comment décrirais-tu ton expérience de designer avec Estampe ? 

Lucie : « Très challengeante ! Travailler pour un projet avec de telles problématiques correspond à 100% à ma démarche. D’un point de vue graphique et illustratif, il soulève des questions et des contraintes auxquelles je n’avais jamais fait face auparavant. C’est vraiment enrichissant ! Cela m’oblige à être innovante, autant que l’est Estampe dans son domaine. En plus de ça, travailler avec Anne (la fondatrice) est un grand plaisir. C’est quelqu’un de très motivée, inspirée et inspirante, très positive. On procède vraiment de façon collaborative dans les réalisations et nos échanges sont très enrichissants. »

5. Quelles sont les différentes étapes de la mise en forme d’une illustration ? 

Lucie : « Cela est parfois très spécifique au projet. Dans le cas d’Estampe, Anne me fait part d’une thématique, d’un sujet qu’elle aimerait aborder. Parfois, elle me transmet des inspirations pour que je puisse mieux appréhender là où elle veut aller. Mais elle me laisse toujours la liberté de lui proposer quelque chose de différent. Ses inspirations sont importantes pour moi pour me détacher de l’existant, innover dans les représentations.

Ensuite, si l’illustration est complexe (comme celle du plafond de verre par exemple), je lui transmets un ou plusieurs croquis, autour duquel on échange et qu’on ajuste ensemble afin de poser les éléments principaux et valider une composition. Cela peut prendre plusieurs allers-retours ! Une fois cette étape validée, je passe à la réalisation de l’illustration. D’abord au pinceau sur Photoshop, puis en vectorisant le résultat sur Illustrator. De cette façon, l’illustration peut être utilisée à toute échelle car elle est vectorielle ! On peut aussi facilement changer les couleurs. Pour finir, je lui livre l’illustration avec différentes couleurs de fond pour qu’elle puisse l’intégrer au mieux dans le feed Estampe. »

Illustration plafond de verre de la designer graphique
Illustration plafond de verre

6. Qu’aimes-tu le plus dans ton métier de designer ? Quels en sont les challenges ? 

Lucie : « Ce que je préfère c’est le moment où je me dis « mais oui, c’est ça la solution ! ». C’est le point de contact entre de longues heures de réflexion et la vision claire de là où je veux aller. J’adore régler des problèmes, et ça me donne beaucoup de satisfaction de les solutionner grâce au design. J’aime aussi par-dessus tout travailler sur des projets très divers, c’est très stimulant, inspirant. J’aime varier les supports de travail, les sujets. 

Le principal challenge est de trouver un équilibre entre un concept et la viabilité/éco-responsabilité de sa réalisation. Ma réflexion en design éco-responsable me mène souvent à revoir mes projets graphiques. Elle influence vraiment ma création dès le départ, mais aussi parfois en cours de route. J’essaie de trouver des solutions pour réaliser des projets de façon la plus responsable possible. Sans faire l’impasse sur le design graphique ou le minimiser. C’est un jeu d’équilibre entre le minimalisme (dans la démarche et dans la forme) et le caractère impactant, visible, différenciant d’une réalisation graphique (à vouloir être trop minimaliste, on passe inaperçu). »

7. Tu te décris comme designer éco-responsable pour les entrepreneurs engagés. Peux-tu nous expliquer l’importance de l’éco-responsabilité dans ton travail et ce choix d’illustrer « seulement » pour les entrepreneurs engagés ? 

Lucie : « L’éco-responsabilité mène mes projets de A à Z. En amont parce qu’elle définit ma cible : des entrepreneurs ou territoires engagés dans des problématiques sociales, solidaires, écologiques, territoriales, culturelles. Ensuite car c’est quelque chose que je garde en tête tout le long du projet. 

Collaborer et faire ma part sur ces projets me permet à ma façon de participer à la préservation du monde, l’amélioration des rapports sociaux, l’accompagnement des transitions. C’est ma façon de me sentir vraiment utile en tant que designer et en tant qu’individu. L’illustration peut-être vue de façon très futile, à but uniquement inspirationnel. Moi j’ai envie de montrer que l’illustration (et le design) participent vraiment à leur façon (et en complément des autres actions mises en place) à l’évolution des mentalités, l’éveil des consciences, la pédagogie. C’est une façon parfois indirecte, insidieuse de faire passer des messages, c’est comme planter pleins de petites graines dans l’imaginaire collectif ! Maintenant il faut attendre qu’elles germent ;). »

Illustration slow cosmétique de la designer graphique
Illustration La Slow Cosmétique

Merci à Lucie pour son travail et son témoignage. Retrouvez-la sur son site ici ou sur sa page Instagram ici.

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